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LES CHRONIQUES D’ÉRIC DESJARDINSL’importance d’un Koivu — La PresseMaintenant qu’il est blessé, Saku Koivu va peut-être prendre encore plus de valeur aux yeux de certains, après avoir été l’objet de nombreuses critiques au cours de la saison. Moi-même en 2004 j’avais subi une blessure dans un cinquième match contre Toronto et les Flyers avaient perdu en demi-finale de la ronde suivante contre le Lightning. On avait mentionné que notre équipe aurait peut-être atteint la finale si j’avais été là. J’avais pris encore plus d’importance en mon absence… C’est peut-être le seul élément positif de la blessure à Koivu. Pendant tout l’hiver, il a été le souffre-douleur pour plusieurs, après avoir perdu son poste de centre numéro un aux mains de Tomas Plekanec. Mais un centre numéro deux d’une équipe de tête dans son association, ce n’est certainement pas à négliger. Son absence va se faire sentir, même si la perte de Mike Komisarek est encore plus importante. Koivu joue 17, 18 minutes par match et il faut voir dans quelle facette il excelle : en supériorité et en infériorité numériques. Et dans quelle facette le Canadien connaît-il le plus de succès cette saison ? Exactement là. Il va falloir que les joueurs appelés à le remplacer dans ces circonstances produisent, à moins que ceux qui participent déjà aux unités spéciales soient employés encore plus souvent. Je suis vraiment curieux de voir comment le Canadien va réagir parce que c’est une équipe qui n’a pas eu à composer avec les blessures importantes de la saison. Il y a des gars qui vont se retrouver dans des rôles complètement nouveaux, et ils n’ont même pas eu le temps de l’expérimenter au cours de l’hiver ! Tout le monde a hâte de voir Sergei Kostitsyn bien jouer au centre, mais il ne faut pas oublier que le Canadien est en train de se battre pour la tête, ce qui n’est pas une mince affaire. La perte de Koivu est importante parce que c’est un joueur qui a toujours livré ses meilleures performances en séries éliminatoires, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Généralement, même, c’est le contraire qui se produit. Peut-être qu’il reviendra plus vite qu’on pense. J’ai même été surpris d’avoir qu’il avait le pied fracturé parce qu’il a tout de même terminé le match. S’il ne court pas le risque d’aggraver sa blessure, je suis convaincu qu’il reviendra au jeu dès que l’enflure aura diminué au point de lui permettre de chausser ses patins. S’il n’a pas besoin de chirurgie et qu’il peut avoir un bon support dans son patin, il y a tout le temps quelque chose à faire pour atténuer la douleur, de bonnes vitamines qui s’injectent, je le sais par expérience… Changer la culture du hockey — La Presse Il serait temps de s’arrêter et de revoir complètement notre approche par rapport au hockey, autant au niveau mineur que junior majeur. Arrêter d’inciter nos jeunes à jouer au hockey en pensant à la Ligue nationale. Les parents doivent y réfléchir et tous les dirigeants pour qui le hockey est d’abord une question de satisfaction personnelle. Parce que ça débouche sur des incidents comme on en a vus à Chicoutimi. Je regarde le nombre grandissant de jeunes québécois se tourner vers des disciplines comme le football et le soccer, des disciplines où la culture est nettement différente, et je me pose des questions. Au football, on ne développe pas les jeunes en pensant à la CFL ou à la NFL, tout comme au soccer, on ne songe pas aux rangs professionnels. Ça donne un environnement plus sain, où le développement et le jeu collectif est priorisé. Au hockey, au contraire, tu dois à tout prix être le meilleur et livrer la marchandise. L’individualisme prime sur la collectivité. C’est la performance à tout prix. Tu dois compter des buts. Je connais des jeunes dont les parents donnent de l’argent lorsqu’ils marquent. Je ne croyais pas que ça existait encore… Tout ça fait en sorte que le respect des règles et de l’adversaire est souvent bafoué. C’est là où je fais un lien avec ce qui se passe actuellement au niveau junior. Pour percer, le jeune doit parfois faire un show, se faire remarquer par ses entraîneurs. En plus, la pression est très forte sur les épaules de tout le monde. C’est aussi une question d’appât du gain. Les jeunes hockeyeurs voient des athlètes autour d’eux qui ont fait une belle carrière et gagné beaucoup d’argent. Ils sont prêts à tout pour réussir. C’est beau jouer avec intensité, mais si t’as le moindrement un peu de respect pour l’autre, tu joues à l’intérieur des règles. Ce qu’on voit généralement au football. Je ne veux pas empêcher un jeune de rêver à la Ligue nationale, à s’identifier aux meilleurs joueurs, mais il y a une limite à ne pas atteindre. S’il faut changer des entraîneurs qui ne respectent pas les bons codes de conduite, modifier les programmes, il faut le faire. Le hockey doit d’abord être une belle expérience. Dans un monde idéal, il faudrait que le hockey soit associé directement aux institutions scolaires, avec des pédagogues spécialisés. Je vais y revenir éventuellement, c’est un dossier qui me tient très à cœur… Contre l’idée d’un dur à cuire « emprunté » — La Presse On se demande beaucoup ces temps-ci si le Canadien n’aurait pasintérêt à acquérir un dur à cuire pour protéger ses joueurs de talent. Le débat a été relancé après la défaite de dimanche contre les Rangers. J’ai mes réserves là-dessus. Je ne crois pas que l’embauche d’un tough vers la fin de la saison peut régler ce genre de problème. Disons que le Canadien va chercher André Roy, par exemple. Je n’ai rien contre Roy ou un autre, il va sûrement faire son travail parce qu’il vient du Québec et qu’il croit au Canadien, mais son lien avec le reste des joueurs de l’équipe ne sera pas le même parce qu’il n’aura pas été avec le club depuis très longtemps. À l’époque, avec le Canadien, Mario Roberge accomplissait son rôle à la perfection parce qu’il était avec l’équipe depuis des années. Quand il devait défendre quelqu’un, il ne le faisait pas seulement parce que c’était son travail, mais parce que ça lui tenait à cœur de se lever pour un coéquipier et ami. Todd Ewen s’était joint à l’équipe en fin de saison et ça n’avait pas été un succès. Quelques années plus tard, à Philadelphie, on avait embauché Sandy McCarthy vers la fin de la saison mais l’expérience n’avait pas été très concluante non plus. De toute façon, le hockey a changé. Si un dur à cuire fait plus ou moins bien son travail, il peut mettre son club dans le trouble en écopant de mauvaises punitions. En plus, il y a moins de bagarres en général et le règlement de l’instigateur fait en sorte que les toughs ne peuvent plus s’attaquer à n’importe qui. Et si on revient au match contre les Rangers, est-ce vraiment la présence de toughs qui a fait tourner le vent en faveur de New York, ou encore Sean Avery qui était sur la glace très souvent et qui a dérangé l’adversaire continuellement ? Est-ce que la présence d’un dur à cuire va donner plus de guts à un club que le joueur qui va se sacrifier en acceptant une mise en échec dans le coin pour faire son jeu ? Est-ce qu’un seul joueur peut rendre tous les autres plus courageux et leur donner la soif de vaincre ? Je ne crois pas. J’aime mieux voir un Kovalev se lever et donner de grosses mises en échec, Bouillon qui ne recule pas d’un pouce devant le policier de l’autre club ou encore Komisarek qui joue de façon robuste et qui est dans la face de tout le monde. Il n’a pas besoin de se battre pour être efficace, Komisarek. L’entraîneur a aussi son rôle à jouer pour éviter que ses meilleurs joueurs ne soient exposés aux durs à cuire de l’autre équipe. Il peut toujours y avoir des circonstances où tu ne peux pas faire des changements au moment désiré, mais règle générale, un coach peut s’arranger pour qu’un Kostitsyn n’ait pas à jouer contre un Colton Orr quand ça commence à chauffer. J’ai énormément de respect pour ceux qui font le travail de policier. Non seulement c’est dangereux, mais il faut savoir quand intervenir. C’est justement parce que c’est un métier délicat que le Canadien ne peut aller chercher à la dernière minute ce type de joueur en espérant qu’il devienne une solution miracle. Propos recueillis par Mathias Brunet Rejoindre les Sénateurs… - La Presse Maintenant que le Canadien semble bien en selle pour réaliser ses objectifs de participer aux séries éliminatoires, il doit trouver de nouvelles sources de motivation d’ici la fin de la saison.
Propos recueillis par Mathias Brunet Comment développer notre élite ? — La Presse Il s’est dit beaucoup de choses récemment sur l’étatde notrehockey au Québec, principalement sur le développement de notre élite. Propos recueillis par Mathias Brunet Les arbitres semblent dépassés… - La Presse Parler des arbitres s’impose dans la chronique d’aujourd’hui, à voir la façon dont ils travaillent depuis un certain temps, et en particulier en finale. On leur demande de sévir dès que le joueur soulève son bâton pour le mettre à la taille d’un adversaire. Mais ils punissent un joueur qui en effleure un autre à peine dans une bataille à un contre un dans le coin de patinoire alors que les cinglages à deux mains (contre le défenseur Corvo lundi soir en troisième période, par exemple) sont tolérés, tout comme le dangereux coup de coude de Pronger à l’endroit de McAmmond, qui n’a même pas valu une mineure au défenseur. Peut-être qu’on leur donne trop de directives et qu’ils n’arrivent plus à suivre. Peut-être qu’ils se sentent trop épiés par leurs patrons. Mais c’est clair qu’ils ne sont pas dans le coup. Je crois qu’il est temps que la LNH entreprenne une réflexion en profondeur sur la manière d’arbitrer les matchs. Il n’y a pas assez de place sur la glace pour un troisième arbitre, mais je n’aurais rien contre le fait d’en avoir un dans les estrades pour épauler les deux autres, et avoir une perspective différente sur le jeu. Je repense au dernier coup de Pronger, et ça me fait dire que le jeu est peut-être devenu trop rapide pour les arbitres s’ils n’ont pas réussi à le voir et à sévir. J’en profite pour parler de sa suspension ridicule. Quand tes mains demeurent devant ton corps, ça peut être excusable, mais lorsque tu étires le coude pour viser la tête d’un adversaire, le geste est inacceptable. Il y a plusieurs années, Marc Bureau avait écopé de cinq matchs pour un coup semblable à l’endroit de Petr Svoboda. Mais c’était encore plus « spectaculaire » parce que Svoboda était demeuré sur la glace encore plus longtemps et qu’il y avait une mare de sang autour de lui. C’est Brian Burke qui était le préfet de discipline à l’époque et il avait dit que le coup aurait mérité au moins 15 matchs. Je ne vois pas une grande différence entre les deux coups, sauf que McAmmond a pu se relever assez rapidement. Mais c’était un méchant coup. L’occasion était tellement belle de se servir du geste de Pronger pour en faire un exemple comme on avait fait dans le cas de Marty McSorley. Pronger lui-même a avoué sa faute. Il n’a pas eu un gros prix à payer. Un seul match, et son club l’a gagné. Est-ce que ça va le faire réfléchir la prochaine fois ? Je ne crois pas. La LNH doit tenir compte du cas Pronger si jamais elle entame une réflexion sur l’arbitrage. Punir le geste, pas la conséquence. Pour l’instant, on l’entend souvent et c’est vrai : quand ça ne saigne pas, on dirait que c’est moins grave. Est-ce qu’il faut que le gars perde un œil ? Combien de fois j’ai reçu des coups de bâton en pleine visière ? Mais parce que je ne me roulais pas à terre, il n’y avait pas de punition. Propos recueillis par Mathias Brunet Non à la fusillade — La Presse J’entends de plus en plus ces temps-ci de discussions au sujet des prolongations qui s’éternisent. L’instauration de la fusillade en saison régulière donne des arguments à ceux qui voudraient raccourcir les prolongations. Propos recueillis par Mathias Brunet La Dureté du mental — La Presse Je regarde jouer Jean-Sébastien Giguère, le calme qu’il dégage malgré le drame personnel qu’il vient de vivre, la confiance qu’il semble donner à ses coéquipiers, et ça me fait dire que les Ducks continuent d’être mes favoris pour remporter la Coupe Stanley. Les dirigeants de l’équipe ne l’ont pas su immédiatement. Je ne sais pas s’ils ont remarqué que les tirs dirigés vers notre gardien à l’entraînement lui frôlaient souvent les oreilles. C’était notre manière de lui passer notre message. Cechmanek ne s’est pas plaint à personne, mais il nous regardait quand les tirs passaient trop près de sa tête. Il savait. Propos recueillis par Mathias Brunet Le « rêve » européen — La Presse C’est incroyable de voir à quel point le portrait de la Ligue nationale de hockey a changé en 15 ans. Je l’ai réalisé en lisant l’article au sujet des préjugés à l’endroit des Européens, publié dans ces pages il y a quelques jours. Propos recueillis par Mathias Brunet Un bel exemple de persévérance — La Presse Depuis le début des séries éliminatoires, j’ai beaucoup à l’oeil un certain numéro 23 des Ducks d’Anaheim. Je ne veux pas revenir sur les ciconstances qui ont entouré le départ de François Beauchemin de l’organisation du Canadien. Mais on parle souvent de lui à Montréal et je me suis attardé à le suivre plus attentivement pour voir ce qui en faisait un défenseur si efficace. Je le connais très peu, même si nous sommes représentés par le même agent, Robert Sauvé. Je dois avouer que je suis complètement renversé de voir qu’un gars comme lui, qui est demeuré aussi longtemps dans la Ligue américaine, et même un peu dans la East Coast, puisse arriver dans la Ligue nationale aussi tard, à 24 ans, et dominer comme il le fait. Il est l’un des membres du « Big Three » de la meilleure défensive de la Ligue nationale. Il faut le faire. De mémoire, je ne connais pas d’exemple semblable. La première chose qui me frappe en le voyant à l’oeuvre, c’est son calme et sa patience avec la rondelle. Ce sont probablement les qualités les plus importantes pour un défenseur. Il n’y a rien de pire que de voir un défenseur courir partout dans son territoire. Ce sont ceux qui cherchent toujours le coup de circuit. Lui, il veut plutôt obtenir le coup sûr. Il ne fait pas d’erreurs. Il n’accomplit rien d’exceptionnel, mais tout ce qu’il fait est bien fait. Ce type de joueurs est très sous-estimé et ça explique sans doute il est passé « sous le radar », comme on dit. J’analysais d’ailleurs ses statistiques pour remarquer qu’il n’avait battu aucun reccord offensif dans les rangs juniors, ni dans la Ligue américaine. Il devait jouer de la même façon avant d’accéder à la Ligue nationale, c’est-à-dire méthodiquement, efficacement, mais sans cet éclat qui jette parfois la poudre aux yeux. On ne peut pas l’apprécier en le voyant jouer une seule fois. On apprend à le découvrir après quelques matchs. J’aime son tempérament aussi. Je l’écoutais en entrevue, il semble terre à terre. À quelques reprises, il disait souhaiter s’améliorer encore davantage, être plus patient avec la rondelle, et sa personnalité se reflète dans son jeu. Je dois lui donner beaucoup de crédit, parce que l’acquisition de Chris Pronger aurait pu l’affecter. Il venait de connaître une bonne première saison l’an dernier et de voir un vétéran arriver et prendre toute la place aurait pu nuire à son rendement. Sans oublier la guigne de deuxième année qui frappe souvent. Mais il a continué à offrir le même rendement. C’est un bel exemble de patience et de persévérance et il mérite tout le succès qu’il obtient. Propos recueillis par Mathias Brunet Accepter son rôle — La Presse L’esprit de sacrifice. Un thème qui revient souvent en série. Le gars qui joue blessé. Qui bloque des tirs. Qui n’hésite pas à frapper pour donner le tempo à son club. Mais il y a un autre esprit de sacrifice dont on ne parle presque que jamais. Celui d’accepter le rôle qu’on nous confie et d’effectuer le boulot avec coeur, que ce rôle nous pliase ou non. Ça m’est revenu à l’esprit en prenant connaissance des commentaires d’Alex Kovalev et ça m’a frappé encore plus fort en voyant à l’oeuvre les Sénateurs et les Sabres. Généralement, les clubs qui ont du succès comptent dans leurs rangs des joueurs qui ont tous acceptéle rôle qu’on leur réserve. C’est l’un des aspects les plus sous-estimé du hockey. Chez les Sénateurs, un joueur comme Mike FIsher pourrait vouloir jouer au sein d’un des deux premiers trios. Chris Phillips, le premier choix de la LNH en 1996, a été relégué à un rôle de second plan au fil des années, il a été patient et ça lui sert bien aujourd’hui. À Buffalo, les attaquants partagent tous le temps de glace de façon presque identique. Personne ne cherche à voler la vedette et ils forment un club très homogène. Un défenseur comme Teppo Numminen, pour qui j’ai toujours eu beaucoup de respect, a accepté de tenir un rôle plus effacé et il rend de précieux services. Pourquoi est-ce si important ? Je vais vous donner l’exemple de 1993, l’année de la dernière coupe à Montréal. Deux de mes coéquipiers, Denis Savard et l’ancien défenseur vedette des Blues, Rob Ramage, étaient plutôt en fin de carrière. Ils avaient accepter de jouer moins souvent. Denis avait été blessé en finale et il s’était joint au groupe d’entraîneurs avec le même enthousiasme que s’il jouait. Ç’a eu un effet incroyable sur le reste de l’équipe. Quand tu vois ton voisin de vestiaire faire des concessions, ça t’amènes à te sacrifier toi aussi. Ç’a des répercussions positives sur tout le monde. Et c’est comme ça que l’esprit de corps se forme. C’est sans doute ce qui se passe dans le vestiaire des Sénateurs et des Sabres en ce moment. Mais au contraire, les répercussions peuvent être très négatives sur le reste du groupe si ça ne se passe pas de cette manière. Comme dans le cas de Kovalev, qui a mal digéré le fait d’être rétrogradé au quatrième trio en fin de saison du Canadien. Pourtant, on ne passe pas du premier au quatrième trio du jour en lendemain. C’est un long processus. Il y a des raisons qui ont motivé sa rétrogradation. Kovalev devra accepter le rôle que son entraîneur lui confiera à l’avenir, ou partir. Si le Canadien veut se rapprocher de la Coupe. Propos recueillis par Mathias Brunet |

