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LES CHRONIQUES D’ÉRIC DESJARDINS

L’importance d’un Koivu — La Presse

Maintenant qu’il est blessé, Saku Koivu va peut-être prendre encore plus de valeur aux yeux de certains, après avoir été l’objet de nombreuses critiques au cours de la saison.

Moi-même en 2004 j’avais subi une blessure dans un cinquième match contre Toronto et les Flyers avaient perdu en demi-finale de la ronde suivante contre le Lightning. On avait mentionné que notre équipe aurait peut-être atteint la finale si j’avais été là. J’avais pris encore plus d’importance en mon absence…

C’est peut-être le seul élément positif de la blessure à Koivu. Pendant tout l’hiver, il a été le souffre-douleur pour plusieurs, après avoir perdu son poste de centre numéro un aux mains de Tomas Plekanec. Mais un centre numéro deux d’une équipe de tête dans son association, ce n’est certainement pas à négliger.

Son absence va se faire sentir, même si la perte de Mike Komisarek est encore plus importante. Koivu joue 17, 18 minutes par match et il faut voir dans quelle facette il excelle: en supériorité et en infériorité numériques. Et dans quelle facette le Canadien connaît-il le plus de succès cette saison? Exactement là.

Il va falloir que les joueurs appelés à le remplacer dans ces circonstances produisent, à moins que ceux qui participent déjà aux unités spéciales soient employés encore plus souvent.

Je suis vraiment curieux de voir comment le Canadien va réagir parce que c’est une équipe qui n’a pas eu à composer avec les blessures importantes de la saison. Il y a des gars qui vont se retrouver dans des rôles complètement nouveaux, et ils n’ont même pas eu le temps de l’expérimenter au cours de l’hiver!

Tout le monde a hâte de voir Sergei Kostitsyn bien jouer au centre, mais il ne faut pas oublier que le Canadien est en train de se battre pour la tête, ce qui n’est pas une mince affaire.

La perte de Koivu est importante parce que c’est un joueur qui a toujours livré ses meilleures performances en séries éliminatoires, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Généralement, même, c’est le contraire qui se produit.

Peut-être qu’il reviendra plus vite qu’on pense. J’ai même été surpris d’avoir qu’il avait le pied fracturé parce qu’il a tout de même terminé le match. S’il ne court pas le risque d’aggraver sa blessure, je suis convaincu qu’il reviendra au jeu dès que l’enflure aura diminué au point de lui permettre de chausser ses patins.

S’il n’a pas besoin de chirurgie et qu’il peut avoir un bon support dans son patin, il y a tout le temps quelque chose à faire pour atténuer la douleur, de bonnes vitamines qui s’injectent, je le sais par expérience…

Changer la culture du hockey — La Presse

Il serait temps de s’arrêter et de revoir complètement notre approche par rapport au hockey, autant au niveau mineur que junior majeur.

Arrêter d’inciter nos jeunes à jouer au hockey en pensant à la Ligue nationale. Les parents doivent y réfléchir et tous les dirigeants pour qui le hockey est d’abord une question de satisfaction personnelle. Parce que ça débouche sur des incidents comme on en a vus à Chicoutimi.

Je regarde le nombre grandissant de jeunes québécois se tourner vers des disciplines comme le football et le soccer, des disciplines où la culture est nettement différente, et je me pose des questions.

Au football, on ne développe pas les jeunes en pensant à la CFL ou à la NFL, tout comme au soccer, on ne songe pas aux rangs professionnels. Ça donne un environnement plus sain, où le développement et le jeu collectif est priorisé.

Au hockey, au contraire, tu dois à tout prix être le meilleur et livrer la marchandise. L’individualisme prime sur la collectivité. C’est la performance à tout prix. Tu dois compter des buts. Je connais des jeunes dont les parents donnent de l’argent lorsqu’ils marquent. Je ne croyais pas que ça existait encore…

Tout ça fait en sorte que le respect des règles et de l’adversaire est souvent bafoué. C’est là où je fais un lien avec ce qui se passe actuellement au niveau junior. Pour percer, le jeune doit parfois faire un show, se faire remarquer par ses entraîneurs. En plus, la pression est très forte sur les épaules de tout le monde.

C’est aussi une question d’appât du gain. Les jeunes hockeyeurs voient des athlètes autour d’eux qui ont fait une belle carrière et gagné beaucoup d’argent. Ils sont prêts à tout pour réussir. C’est beau jouer avec intensité, mais si t’as le moindrement un peu de respect pour l’autre, tu joues à l’intérieur des règles. Ce qu’on voit généralement au football.

Je ne veux pas empêcher un jeune de rêver à la Ligue nationale, à s’identifier aux meilleurs joueurs, mais il y a une limite à ne pas atteindre. S’il faut changer des entraîneurs qui ne respectent pas les bons codes de conduite, modifier les programmes, il faut le faire. Le hockey doit d’abord être une belle expérience.

Dans un monde idéal, il faudrait que le hockey soit associé directement aux institutions scolaires, avec des pédagogues spécialisés. Je vais y revenir éventuellement, c’est un dossier qui me tient très à cœur…

Contre l’idée d’un dur à cuire « emprunté » — La Presse

On se demande beaucoup ces temps-ci si le Canadien n’aurait pasintérêt à acquérir un dur à cuire pour protéger ses joueurs de talent. Le débat a été relancé après la défaite de dimanche contre les Rangers.

J’ai mes réserves là-dessus. Je ne crois pas que l’embauche d’un tough vers la fin de la saison peut régler ce genre de problème.
Le policier qui va grandir au sein d’une organisation au fil des années peut avoir son utilité; il a plus de chance d’être efficace parce qu’il va se battre non seulement pour son club, mais aussi, surtout, pour ses coéquipiers qui sont devenus ses chums au fil des saisons. Il va avoir un meilleur feeling de l’équipe; c’est un job tellement plus complexe qu’on pense.

Disons que le Canadien va chercher André Roy, par exemple. Je n’ai rien contre Roy ou un autre, il va sûrement faire son travail parce qu’il vient du Québec et qu’il croit au Canadien, mais son lien avec le reste des joueurs de l’équipe ne sera pas le même parce qu’il n’aura pas été avec le club depuis très longtemps.

À l’époque, avec le Canadien, Mario Roberge accomplissait son rôle à la perfection parce qu’il était avec l’équipe depuis des années. Quand il devait défendre quelqu’un, il ne le faisait pas seulement parce que c’était son travail, mais parce que ça lui tenait à cœur de se lever pour un coéquipier et ami.

Todd Ewen s’était joint à l’équipe en fin de saison et ça n’avait pas été un succès. Quelques années plus tard, à Philadelphie, on avait embauché Sandy McCarthy vers la fin de la saison mais l’expérience n’avait pas été très concluante non plus.

De toute façon, le hockey a changé. Si un dur à cuire fait plus ou moins bien son travail, il peut mettre son club dans le trouble en écopant de mauvaises punitions. En plus, il y a moins de bagarres en général et le règlement de l’instigateur fait en sorte que les toughs ne peuvent plus s’attaquer à n’importe qui.

Et si on revient au match contre les Rangers, est-ce vraiment la présence de toughs qui a fait tourner le vent en faveur de New York, ou encore Sean Avery qui était sur la glace très souvent et qui a dérangé l’adversaire continuellement?

Est-ce que la présence d’un dur à cuire va donner plus de guts à un club que le joueur qui va se sacrifier en acceptant une mise en échec dans le coin pour faire son jeu? Est-ce qu’un seul joueur peut rendre tous les autres plus courageux et leur donner la soif de vaincre? Je ne crois pas.

J’aime mieux voir un Kovalev se lever et donner de grosses mises en échec, Bouillon qui ne recule pas d’un pouce devant le policier de l’autre club ou encore Komisarek qui joue de façon robuste et qui est dans la face de tout le monde. Il n’a pas besoin de se battre pour être efficace, Komisarek.

L’entraîneur a aussi son rôle à jouer pour éviter que ses meilleurs joueurs ne soient exposés aux durs à cuire de l’autre équipe. Il peut toujours y avoir des circonstances où tu ne peux pas faire des changements au moment désiré, mais règle générale, un coach peut s’arranger pour qu’un Kostitsyn n’ait pas à jouer contre un Colton Orr quand ça commence à chauffer.

J’ai énormément de respect pour ceux qui font le travail de policier. Non seulement c’est dangereux, mais il faut savoir quand intervenir. C’est justement parce que c’est un métier délicat que le Canadien ne peut aller chercher à la dernière minute ce type de joueur en espérant qu’il devienne une solution miracle.

Propos recueillis par Mathias Brunet

Rejoindre les Sénateurs… - La Presse

Maintenant que le Canadien semble bien en selle pour réaliser ses objectifs de participer aux séries éliminatoires, il doit trouver de nouvelles sources de motivation d’ici la fin de la saison.

Parce qu’une fois le but atteint (ou presque) plus tôt que prévu, un club n’est jamais à l’abri d’un relâchement. Les saisons sont tellement longues. Et il reste, justement, plusieurs semaines de hockey.

Ça va peut-être paraître gros ce que je dis, mais les joueurs du Canadien doivent maintenant viser le premier rang de l’Association. Je regarde le classement, ils sont à huit points seulement des Sénateurs et ils vont les affronter cinq fois d’ici la fin de l’année.

Les Sénateurs sont privés de Dany Heatley et ça leur fait mal, et en plus, il semble y avoir un malaise au sein de cette équipe. Le problème du gardien Ray Emery, qui est en conflit avec plusieurs de ses coéquipiers, est loin d’être réglé. Il y a aussi Antoine Vermette qui semble malheureux à Ottawa. C’est dur de répéter. On voit rarement la même équipe atteindre la finale deux ans de suite.

Le succès du Canadien est solide, surtout avec trois défenseurs comme Andrei Markov, Mike Komisarek et Roman Hamrlik capables de relancer l’attaque et fiables dans leur territoire. Je ne vois pas cette équipe s’écrouler. Le gardien Cristobal Huet est solide lui aussi et l’équipe va vivre ou mourir avec lui.

Huet, en plus, respire mieux avec le départ de Carey Price. Je suis totalement d’accord avec cette décision d’avoir renvoyé le jeune gardien à Hamilton. Il a encore beaucoup de choses à apprendre. Sa réaction, après sa défaite contre Washington, alors qu’il semblait inconsolable dans le vestiaire, a montré sa fragilité.

Je parle de revoir les objectifs à la hausse parce que notre entraîneur Ken Hitchcock à Philadelphie était maître à ce petit jeu. On avait toujours des clubs prometteurs et nous étions toujours bien placés au classement à quelques mois de la fin de la saison. Le calendrier était examiné et on faisait en sorte qu’il n’y ait pas de soirs de relâchement. On trouvait des moyens de se motiver selon les adversaires qu’on affrontait. Hitchcock avait toujours le don de nous pousser continuellement pour qu’on donne notre maximum. C’était un homme vrai qui arriver toujours à te faire questionner sur toi-même pour te garder sur le qui-vive.


Maintenant, si le Canadien se met à la chasse des Sénateurs, il faut être bien sûr que le message est capté par tout le monde dans le vestiaire. On se souvient qu’un important leader de l’équipe avait déclaré avant la saison que le club allait participer aux séries, mais qu’il ne fallait pas croire à la Coupe Stanley…

Propos recueillis par Mathias Brunet

Comment développer notre élite? — La Presse

Il s’est dit beaucoup de choses récemment sur l’étatde notrehockey au Québec, principalement sur le développement de notre élite.

Je suis d’accord avec les conclusions, il y a du travail à faire pour améliorer la situation. Par contre, certaines solutions m’ont fait sursauter.

La principale observation avec laquelle je ne suis pas d’accord, c’est que les jeunes hockeyeurs doivent jouer un peu moins au hockey et faire plusieurs autres sports pour devenir de meilleurs athlètes. Pour moi, il faut que les jeunes pratiquent le hockey à fond et qu’on enseigne mieux notre sport pour que notre relève développe toutes ses habiletés.

Tiger Woods s’est consacré au golf à fond et il est devenu le meilleur de son sport. La plupart des autres grands champions ont concentré toutes leurs énergies au même sport.

Quand j’étais plus jeune, mes amis et moi, du hockey, on en mangeait. C’était l’aréna le plus souvent possible, le hockey à l’extérieur quand nous n’étions pas à l’aréna et le hockey en bottines quand la glace extérieure fondait. On ne peut pas s’écœurer d’un sport quand on l’adore. C’est sûr que tu peux devenir un meilleur athlète en jouant au baseball et au soccer en plus du hockey, mais il faut savoir ce que l’on veut faire. J’ai aussi joué au baseball à l’époque mais de nos jours, les joueurs sont tellement mieux entraînés qu’il faut se donner complètement au même sport pour ne pas être dépassé.

L’un des gros problèmes au Québec qui fait en sorte que nous avons pris du retard sur d’autres régions comme les États-Unis et le reste du Canada, c’est le peu de support technique pour les joueurs. Nos jeunes sont moins bien préparés physiquement.

Dans le reste du Canada ou dans des régions américaines comme le Minnesota ou le Michigan, par exemple, les camps de perfectionnement et les outils pour développer les habiletés des joueurs sont plus nombreux. Je pense entre autres à des appareils qui te font des passes pour que tu tires au but. Ton temps de réaction, ta précision et ta force y est calculée. Il en faut plus de ces outils.

Un autre appareil innovateur, c’est un tapis roulant qui te permet de patiner. Je l’avais utilisé pendant une période de réhabilitation à Philadelphie parce que la direction de l’équipe avait peur que je me blesse à nouveau en chutant sur la glace dans ma tentative de retour à l’entraînement et ça avait fait des miracles. Je sais qu’il y en a pour des équipes de hockey mineur à Ottawa et Calgary mais pas ici.

Je crois aussi qu’on peut développer notre façon d’enseigner aux jeunes en diversifiant les exercices, mais en les orientant tous en fonction du hockey. Je fais de la pliometrie hors-glace (méthode d’entraînement pour développer la puissance) et ils ne se tannent pas. Ils se donnent des challenges et veulent s’améliorer d’une fois à l’autre.

On pourrait avoir de bons outils entre les mains. Il s’agit de bien les utiliser pour recommencer à produire des joueurs d’élite comme à nos belles années.

Propos recueillis par Mathias Brunet

Les arbitres semblent dépassés… - La Presse

Parler des arbitres s’impose dans la chronique d’aujourd’hui, à voir la façon dont ils travaillent depuis un certain temps, et en particulier en finale.
Ils semblent avoir du mal à s’adapter à tous ces changements qui s’opèrent depuis le retour du lock-out. En effet, on leur demande d’être à ce point attentif aux infractions concernant l’accrochage qu’ils en oublient souvent le reste.

On leur demande de sévir dès que le joueur soulève son bâton pour le mettre à la taille d’un adversaire. Mais ils punissent un joueur qui en effleure un autre à peine dans une bataille à un contre un dans le coin de patinoire alors que les cinglages à deux mains (contre le défenseur Corvo lundi soir en troisième période, par exemple) sont tolérés, tout comme le dangereux coup de coude de Pronger à l’endroit de McAmmond, qui n’a même pas valu une mineure au défenseur.

Peut-être qu’on leur donne trop de directives et qu’ils n’arrivent plus à suivre. Peut-être qu’ils se sentent trop épiés par leurs patrons. Mais c’est clair qu’ils ne sont pas dans le coup.

Je crois qu’il est temps que la LNH entreprenne une réflexion en profondeur sur la manière d’arbitrer les matchs. Il n’y a pas assez de place sur la glace pour un troisième arbitre, mais je n’aurais rien contre le fait d’en avoir un dans les estrades pour épauler les deux autres, et avoir une perspective différente sur le jeu.

Je repense au dernier coup de Pronger, et ça me fait dire que le jeu est peut-être devenu trop rapide pour les arbitres s’ils n’ont pas réussi à le voir et à sévir. J’en profite pour parler de sa suspension ridicule. Quand tes mains demeurent devant ton corps, ça peut être excusable, mais lorsque tu étires le coude pour viser la tête d’un adversaire, le geste est inacceptable.

Il y a plusieurs années, Marc Bureau avait écopé de cinq matchs pour un coup semblable à l’endroit de Petr Svoboda. Mais c’était encore plus « spectaculaire » parce que Svoboda était demeuré sur la glace encore plus longtemps et qu’il y avait une mare de sang autour de lui. C’est Brian Burke qui était le préfet de discipline à l’époque et il avait dit que le coup aurait mérité au moins 15 matchs. Je ne vois pas une grande différence entre les deux coups, sauf que McAmmond a pu se relever assez rapidement. Mais c’était un méchant coup.

L’occasion était tellement belle de se servir du geste de Pronger pour en faire un exemple comme on avait fait dans le cas de Marty McSorley. Pronger lui-même a avoué sa faute. Il n’a pas eu un gros prix à payer. Un seul match, et son club l’a gagné. Est-ce que ça va le faire réfléchir la prochaine fois? Je ne crois pas.

La LNH doit tenir compte du cas Pronger si jamais elle entame une réflexion sur l’arbitrage. Punir le geste, pas la conséquence. Pour l’instant, on l’entend souvent et c’est vrai: quand ça ne saigne pas, on dirait que c’est moins grave. Est-ce qu’il faut que le gars perde un œil? Combien de fois j’ai reçu des coups de bâton en pleine visière? Mais parce que je ne me roulais pas à terre, il n’y avait pas de punition.

Propos recueillis par Mathias Brunet

Non à la fusillade — La Presse

J’entends de plus en plus ces temps-ci de discussions au sujet des prolongations qui s’éternisent. L’instauration de la fusillade en saison régulière donne des arguments à ceux qui voudraient raccourcir les prolongations.

Les opinions semblent partagées. Je vous donne aujourd’hui le point de vue d’un joueur, le mien. Ça me briserait le cœur de voir qu’on l’abolisse pour permettre la fusillade. C’est sûr qu’au départ, on parle d’un gars qui a participé à dix victoires en prolongations pour gagner la Coupe en 1993…

Mais au-delà de ça, je crois que ça dénaturerait l’essence même de notre sport, où le concept d’équipe est plus développé que dans toute autre discipline. En effet, au football, il y a une unité défensive, une unité défensive, et des joueurs employés dans des situations spéciales. Même chose au baseball. Au basket, souvent un seul joueur peut contrôler le match, le garde derrière.

Au hockey, on fait tout en groupe et je ne suis pas en faveur de remettre le sort de matchs aussi importants entre les mains de quelques joueurs. Ce n’est pas juste pour ceux qui ont la pression de compter, ni pour ceux qui n’y participent pas. Je suis prêt à l’accepter en saison régulière, mais pas lors des deux mois des séries, où on entre dans un marathon palpitant. Pour l’athlète, la prolongation en séries représente peut-être le défi le plus palpitant de tous. C’est l’ultime dépassement de soi. Le souvenir de notre victoire en cinquième période de prolongation contre les Penguins de Pittsburgh en 2000 – le troisième plus long match de l’histoire- ne disparaîtra jamais. Je revois encore les gars vidés entre les périodes. Je me revois à me demander si je vais tenir le coup. On avait vidé toutes les tablettes de barres tendres dans le vestiaire parce qu’on n’avait pas mangé depuis douze heures. On avait dévoré la pizza qui avait été commandée pour après le match, en prenant soin d’enlever le fromage et le pepperoni afin de ne pas avoir trop de difficulté à la digérer.

Keith Primeau avait finalement compté et la série, menée 2-1 par les Penguins, avait pris une toute autre allure. S’il y avait eu fusillade, on se serait fait manger tout rond par les Jagr, Straka et Kovalev. On avait souffert pour cette victoire, ce qui la rendait encore plus douce, même si tous les gars étaient morts.

Ce sont des moments précieux et j’espère que les amateurs voient à quel point cette prolongation a de l’importance pour les joueurs.

Propos recueillis par Mathias Brunet

La Dureté du mental — La Presse

Je regarde jouer Jean-Sébastien Giguère, le calme qu’il dégage malgré le drame personnel qu’il vient de vivre, la confiance qu’il semble donner à ses coéquipiers, et ça me fait dire que les Ducks continuent d’être mes favoris pour remporter la Coupe Stanley.

Des quatre gardiens en demi-finale, Giguère est probablement le gardien qui semble avoir le plus d’impact son équipe.

Je suis bien placé pour parler de l’importance d’un gardien en pleine confiance. J’ai été très gâté à Montréal avec Patrick Roy. Moins à Philadelphie, même si j’ai apprécié l’aspect compétitif de Ron Hextall à mes premières années là-bas.

Quand je repense à nos insuccès en séries avec les Flyers, malgré le fait qu’on avait toujours un bon club, un incident me revient en tête, en 2000-2001, et il montre à quel point c’est important non seulement d’avoir un gardien talentueux, mais un gardien qui croit en nos chances de gagner.

L’aspect psychologique de la game est souvent négligé dans les analyses. Si les gens savaient ce qui se passe parfois dans un vestiaire.

Cette année-là, je croyais vraiment en nos chances. Nous venions de connaître une saison de 100 points, notre gardien Roman Cechmanek était finaliste pour le trophée Vézina, nous avions de bons attaquants avec Recchi, Primeau, Gagné, Leclair et Langkow, et une solide défensive.

Quelques jours avant le début de notre série contre les Sabres, Cechmanek est allé dire à des coéquipiers que nous n’avions aucune chance contre Buffalo parce qu’ils avaient une meilleure attaque et aussi à cause de la présence de Dominik Hasek.

J’étais furieux quand j’ai appris ça. Je savais trop bien que pour espérer gagner, il faut que tous les joueurs de l’équipe croient en nos chances. Si le doute s’installe, tu es cuit parce qu’il y a tellement d’épreuves en séries qui peuvent t’amener à décrocher.

Et là, c’était notre gardien qui disait ça. Je me disais quand même qu’il allait bien jouer parce qu’il voulait bien paraître, mais je trouvais que ça manquait de respect envers ses coéquipiers, qui se donnaient à chaque match.

À titre de capitaine, je me suis demandé comment régler ça. Vas-tu voir la direction? Est-ce que tu le confrontes? J’avais choisi la deuxième solution. Ça n’avait pas donné grand-chose. Pour lui, ce n’était pas une grosse affaire. Moi, je savais que ses commentaires venaient de détruire l’équipe, détruire la complicité que tu peux retrouver avec vingt joueurs sur la glace.

Les dirigeants de l’équipe ne l’ont pas su immédiatement. Je ne sais pas s’ils ont remarqué que les tirs dirigés vers notre gardien à l’entraînement lui frôlaient souvent les oreilles. C’était notre manière de lui passer notre message. Cechmanek ne s’est pas plaint à personne, mais il nous regardait quand les tirs passaient trop près de sa tête. Il savait.

Ça peu paraître curieux pour quelqu’un de l’extérieur, mais c’est comme ça que ça se passe au hockey. Tu règles les problèmes sur la glace avec les outils que tu as sous la main. Parfois, il y a des bagarres dans les pratiques. Lui, c’était un gardien, on avait la chance de lui tirer dessus. Il faut savoir que c’est un sport où tu te sacrifies émotionnellement et physiquement, où les enjeux sont gros, où tu veux réaliser ce rêve d’enfance, et là, Cechmanek, sans le vouloir, contribuait à gâcher nos chances de réaliser notre rêve.

Est-ce que je dois raconter la suite? Nous avons été éliminés en six matchs par Buffalo en première ronde, et perdu la dernière partie 8-0 à Buffalo…

Propos recueillis par Mathias Brunet

Le « rêve » européen — La Presse

C’est incroyable de voir à quel point le portrait de la Ligue nationale de hockey a changé en 15 ans. Je l’ai réalisé en lisant l’article au sujet des préjugés à l’endroit des Européens, publié dans ces pages il y a quelques jours.

Je peux comprendre qu’on ait émis des commentaires qui remettaient en question le désir de vaincre et au leadership des Européens par le passé. Les faits pouvaient leur donner raison parce que jamais dans l’histoire de la Ligue nationale, un capitaine européen a mené son équipe à la conquête de la Coupe Stanley.

Quand on pense aux conquêtes récentes de la Coupe, Scott Stevens était la locomotive au New Jersey, Mark Messier à New York et Wayne Gretzky à Edmonton, même si les Européens qui jouaient avec lui étaient très bons. On pourrait dire la même chose avec Yzerman à Détroit, sans rien enlever au talent de Lidstrom et Konstantinov.

Aujourd’hui, deux équipes sur les quatre en demi-finale ont un capitaine européen, Alfredsson à Ottawa et Lidstrom à Détroit. Les Sénateurs et les Red Wings ont la chance de transformer l’Histoire. C’est une étape essentielle pour que les préjugés cessent complètement.

J’attache beaucoup d’importance à ce symbole du capitaine. Quand il y a une tempête, c’est lui qui rassure et rassemble tout le monde.

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’un club ne peut gagner s’il compte trop d’Européens, je trouve moi aussi qu’on généralise trop souvent à leur endroit parce que plusieurs d’entre eux font maintenant la différence, mais j’attends de voir si une équipe dont les principaux leaders sont Européens peut mettre la main sur la Coupe Stanley.

Si ce n’est pas cette année, ça ne tardera pas. Parce que la culture sportive des hockeyeurs européens a changé. Les jeunes européens ont désormais accès aux matchs de la LNH à la télévision et surtout, ils ont des modèles. Les enfants suédois qui voient Alfredsson avec le « C » sur son chandail, ça a une valeur incroyable. Ce n’était pas le cas avant. Comment est-ce qu’un jeune tchèque ou finlandais pouvait se retrouver en regardant le Canadien de 1993, comment pouvait-il rêver autant à la Coupe Stanley?

C’est souvent le rêve qui permet aux athlètes de se surpasser en séries éliminatoires. Quand j’étais p’tit, je trippais sur Gretzky et les Oilers. Sur le bon vieux défenseur Larry Murphy. Sur Bob Gainey. Les images de leurs conquêtes de la Coupe Stanley sont restées gravées dans ma mémoire. Et je peux dire franchement que j’y repensais quand j’étais moi-même en séries. Je porte ça en moi. Comme la plupart des joueurs canadiens.

Il y a un parallèle à faire avec l’importance que nous accordions aux médailles olympiques avant 1998, soit avant que les joueurs de la Ligue nationale aient accès aux Jeux. Je me souviens qu’à Nagano, nous n’avions pas la même passion que les autres équipes européennes, qui avaient grandi avec les images des tournois de hockey olympique. Nous avons pris le match pour la médaille de bronze plus à la légère que nos adversaires. Et nous l’avons perdu. Aujourd’hui, je serais tellement plus fier de dire que j’ai une médaille de bronze chez moi plutôt que de raconter que nous avons terminé quatrièmes. La LNH a continué d’envoyer ses meilleurs. Les fans et les jeunes joueurs de notre pays ont assisté avec passion aux prouesses des Mario Lemieux, Martin Brodeur et compagnie lors des Jeux qui ont suivi. Et aujourd’hui, on n’a plus le même regard sur le tournoi de hockey olympique.

Propos recueillis par Mathias Brunet

Un bel exemple de persévérance — La Presse

Depuis le début des séries éliminatoires, j’ai beaucoup à l’oeil un certain numéro 23 des Ducks d’Anaheim.

Je ne veux pas revenir sur les ciconstances qui ont entouré le départ de François Beauchemin de l’organisation du Canadien. Mais on parle souvent de lui à Montréal et je me suis attardé à le suivre plus attentivement pour voir ce qui en faisait un défenseur si efficace.

Je le connais très peu, même si nous sommes représentés par le même agent, Robert Sauvé. Je dois avouer que je suis complètement renversé de voir qu’un gars comme lui, qui est demeuré aussi longtemps dans la Ligue américaine, et même un peu dans la East Coast, puisse arriver dans la Ligue nationale aussi tard, à 24 ans, et dominer comme il le fait.

Il est l’un des membres du « Big Three » de la meilleure défensive de la Ligue nationale. Il faut le faire. De mémoire, je ne connais pas d’exemple semblable.

La première chose qui me frappe en le voyant à l’oeuvre, c’est son calme et sa patience avec la rondelle. Ce sont probablement les qualités les plus importantes pour un défenseur. Il n’y a rien de pire que de voir un défenseur courir partout dans son territoire. Ce sont ceux qui cherchent toujours le coup de circuit. Lui, il veut plutôt obtenir le coup sûr. Il ne fait pas d’erreurs. Il n’accomplit rien d’exceptionnel, mais tout ce qu’il fait est bien fait.

Ce type de joueurs est très sous-estimé et ça explique sans doute il est passé « sous le radar », comme on dit. J’analysais d’ailleurs ses statistiques pour remarquer qu’il n’avait battu aucun reccord offensif dans les rangs juniors, ni dans la Ligue américaine. Il devait jouer de la même façon avant d’accéder à la Ligue nationale, c’est-à-dire méthodiquement, efficacement, mais sans cet éclat qui jette parfois la poudre aux yeux. On ne peut pas l’apprécier en le voyant jouer une seule fois. On apprend à le découvrir après quelques matchs.

J’aime son tempérament aussi. Je l’écoutais en entrevue, il semble terre à terre. À quelques reprises, il disait souhaiter s’améliorer encore davantage, être plus patient avec la rondelle, et sa personnalité se reflète dans son jeu.

Je dois lui donner beaucoup de crédit, parce que l’acquisition de Chris Pronger aurait pu l’affecter. Il venait de connaître une bonne première saison l’an dernier et de voir un vétéran arriver et prendre toute la place aurait pu nuire à son rendement. Sans oublier la guigne de deuxième année qui frappe souvent. Mais il a continué à offrir le même rendement.

C’est un bel exemble de patience et de persévérance et il mérite tout le succès qu’il obtient.

Propos recueillis par Mathias Brunet

Accepter son rôle — La Presse

L’esprit de sacrifice. Un thème qui revient souvent en série. Le gars qui joue blessé. Qui bloque des tirs. Qui n’hésite pas à frapper pour donner le tempo à son club.

Mais il y a un autre esprit de sacrifice dont on ne parle presque que jamais. Celui d’accepter le rôle qu’on nous confie et d’effectuer le boulot avec coeur, que ce rôle nous pliase ou non.

Ça m’est revenu à l’esprit en prenant connaissance des commentaires d’Alex Kovalev et ça m’a frappé encore plus fort en voyant à l’oeuvre les Sénateurs et les Sabres.

Généralement, les clubs qui ont du succès comptent dans leurs rangs des joueurs qui ont tous acceptéle rôle qu’on leur réserve. C’est l’un des aspects les plus sous-estimé du hockey.

Chez les Sénateurs, un joueur comme Mike FIsher pourrait vouloir jouer au sein d’un des deux premiers trios. Chris Phillips, le premier choix de la LNH en 1996, a été relégué à un rôle de second plan au fil des années, il a été patient et ça lui sert bien aujourd’hui.

À Buffalo, les attaquants partagent tous le temps de glace de façon presque identique. Personne ne cherche à voler la vedette et ils forment un club très homogène. Un défenseur comme Teppo Numminen, pour qui j’ai toujours eu beaucoup de respect, a accepté de tenir un rôle plus effacé et il rend de précieux services.

Pourquoi est-ce si important? Je vais vous donner l’exemple de 1993, l’année de la dernière coupe à Montréal. Deux de mes coéquipiers, Denis Savard et l’ancien défenseur vedette des Blues, Rob Ramage, étaient plutôt en fin de carrière. Ils avaient accepter de jouer moins souvent. Denis avait été blessé en finale et il s’était joint au groupe d’entraîneurs avec le même enthousiasme que s’il jouait. Ç’a eu un effet incroyable sur le reste de l’équipe. Quand tu vois ton voisin de vestiaire faire des concessions, ça t’amènes à te sacrifier toi aussi. Ç’a des répercussions positives sur tout le monde. Et c’est comme ça que l’esprit de corps se forme. C’est sans doute ce qui se passe dans le vestiaire des Sénateurs et des Sabres en ce moment.

Mais au contraire, les répercussions peuvent être très négatives sur le reste du groupe si ça ne se passe pas de cette manière. Comme dans le cas de Kovalev, qui a mal digéré le fait d’être rétrogradé au quatrième trio en fin de saison du Canadien.

Pourtant, on ne passe pas du premier au quatrième trio du jour en lendemain. C’est un long processus. Il y a des raisons qui ont motivé sa rétrogradation. Kovalev devra accepter le rôle que son entraîneur lui confiera à l’avenir, ou partir. Si le Canadien veut se rapprocher de la Coupe.

Propos recueillis par Mathias Brunet